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« Une si longue lettre » : Mariama Bâ entre les lignes et sur les écrans

Par LTC Admin - 23/09/2025
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L’œuvre culte de Mariama Bâ prend vie au cinéma


Considéré comme l’un des piliers de la littérature africaine du XXe siècle, le roman Une si longue lettre de Mariama Bâ connaît aujourd’hui une nouvelle jeunesse à travers son adaptation cinématographique. Publié en 1979, ce texte emblématique de l’autrice sénégalaise avait marqué les esprits par sa lucidité et son audace, abordant des thèmes encore peu explorés dans l’espace public, notamment à travers le regard féminin. Quarante-six ans plus tard, la réalisatrice Angèle Diabang transpose cette œuvre à l’écran, prouvant que ses problématiques demeurent profondément actuelles


Au cœur du récit, Ramatoulaye, une femme confrontée à la décision de son mari de prendre une seconde épouse après vingt-cinq ans de mariage. Plutôt que de se résigner, elle choisit de résister. Le film, comme le roman, explore les tensions de la polygamie, la solidarité entre femmes et la quête d’émancipation. « Mariama Bâ était en avance sur son époque », souligne Amélie Mbaye, qui incarne Ramatoulaye. « Elle osait aborder des sujets sensibles avec une force rare, même si ses mots pouvaient parfois être tranchants. »


Les défis évoqués dans le roman résonnent encore dans la société sénégalaise contemporaine. Aïssata Si, qui joue le rôle de Binetou, la seconde épouse, témoigne : « La polygamie, la trahison, ce sont des réalités toujours présentes. Mais les femmes commencent à remporter des victoires. Chaque jour est une lutte. »


Pour Angèle Diabang, cette adaptation est plus qu’un hommage : c’est une réflexion sur les tiraillements identitaires des femmes d’aujourd’hui. « J’ai l’impression que nous vivons un recul. La femme est prise entre les traditions et une modernité mondialisée, saturée par les réseaux sociaux. Beaucoup de jeunes filles ne savent plus où se situer. »


Adapter une lettre, incarner une voix


Le roman, écrit sous forme épistolaire, posait un défi de taille pour sa transposition cinématographique. « Ce n’était pas simple », confie Diabang. « Chacun a sa propre ‘longue lettre’, ses passages préférés, ses personnages fétiches. Il fallait trouver une manière de faire vivre ces lettres sans les réduire à une voix off ou à des textes figés. »


La solution ? Transformer les lettres en dialogues incarnés. « J’ai mis les mots dans la bouche des acteurs. Cela a permis de garder l’essence du roman tout en créant une dynamique cinématographique. Les scènes de couple, les échanges, tout cela est nourri des passages que les lecteurs aiment. Si, après avoir vu le film, quelqu’un a envie de relire le roman, alors j’aurai réussi. »


Douze années de travail ont été nécessaires pour mener ce projet à bien. Sélectionné en mai dernier à l’African Film Festival de New York, le film est désormais à l’affiche au Sénégal, avant une diffusion élargie sur le continent africain dès septembre. Une œuvre fidèle, puissante, et plus pertinente que jamais.

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